Téléportation : Space Opera

Vous venez de terminer le Cycle de Dune de Frank Herbert en audio, magnifiquement lu par le talentueux Benjamin Jungers, et quelle aventure ce fût ! Jamais rassasié de la planète Arrakis, vous décidez de faire une excursion en librairie pour agrandir votre bibliothèque avec le format papier de la saga. Vos post-its de couleurs attendent sagement à la maison que vous en décoriez quasiment toutes les pages lors de votre future relecture.

Les portes de la librairie s’ouvrent à votre arrivée et la délicieuse odeur de milliers de livres neufs exalte votre pouvoir d’achat. Vous vous reprenez et récitez votre litanie favorite : « Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l’esprit. Je suis venu pour une seule chose et je m’y tiendrai. ». Vous fermez les yeux pour éviter la tentation et suivez vos pieds jusqu’au rayon Science-Fiction. Vos paupières s’ouvrent sur une superbe édition de Dune : contrairement à votre volonté, vous pouvez faire confiance à vos pieds.

Objectif atteint, la saga entière est dans votre sac, vous êtes sur le point de faire demi-tour quand le beau vendeur de la dernière fois vous intercepte : « Si vous aimez le genre je peux vous conseiller d’autres titres qui vous raviront ! ». Votre cœur ne saurait dire non à cette proposition, et votre tête hoche à l’affirmative. Le libraire vous guide donc à travers les rayons et empile les livres dans vos bras.

Il vous conseille tout d’abord ce qui est souvent considéré comme la première pierre de ce qui constitue l’immense mur du genre Space Opera, sous-genre de la Science-Fiction : Star ou ψ de Cassiopée, histoire merveilleuse de l’un des mondes de l’espace, nature singulière, coutumes, voyages, littérature starienne, poèmes et comédies traduits du starien – dans son titre complet. Son auteur, d’abord pionnier de la chirurgie plastique, Charlemagne Ischir Defontenay, devient avec son surprenant roman, précurseur du genre en 1854 alors que le terme Space Opera n’apparait qu’en 1941.

Terme d’abord utilisé péjorativement, le « space opera » a conquis le cœur des lecteurs qui ont su voir plus loin que cette vaine analogie au soap opera venant d’un écrivain probablement jaloux. C’est donc plus officiellement que s’établit le genre dans les années 40, malgré l’existence de plusieurs ouvrages antérieurs. Et plus largement, il connait une montée en popularité avec la venue dans le paysage cinématographique de Star Wars et Star Trek – que vous pouvez également retrouver sous la forme de (très, très) nombreux romans.

Le genre est fascinant : il explore ce dont quoi pourrait être fait le futur lointain de notre espèce, par le point de départ du voyage dans l’espace et de l’expansion humaine interplanétaire, intergalactique, voire dans l’Univers entier. Que ce soit sous couvert de rigueur scientifique, d’humour ou encore par hyperbolisation, l’auteur cherche toujours à mettre à l’épreuve l’humanité par des sujets intemporels tels que la politique, l’économie, l’écologie, la sociologie, les ressources planétaires, les religions, les guerres, …

Isaac Asimov, auteur ultra-prolifique, est le second à être ajouté à votre pile avec le Cycle Fondation, inspiré par le fameux Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain d’Edward Gibbon, encyclopédie historique. 22 000 années nous succèdent : la nouvelle science qu’est la psychohistoire permet de prédire l’avenir, et plus précisément la Chute de l’Empire Galactique suivie de 30 000 années de barbarie avant la création d’un nouvel Empire. Hari Seldon, inventeur de la psychohistoire va donc employer les grands moyens pour réduire cette future période sombre. En 1966, le chef-d’œuvre d’Asimov se voit décerner le prix Hugo de la « Meilleure Série de tous les temps » à sa grande surprise, puisqu’il pensait, comme beaucoup, que ce prix unique irait à J.R.R. Tolkien.

Vous continuez votre exploration avec Andrew « Ender » Wiggin, un jeune garçon d’une très grande intelligence qui lui permet d’être admis à l’Ecole de Guerre : une station orbitale mise en place pour faire face à une invasion extra-terrestre agressive, les Doryphores. Se rajoute donc à la pile, le Cycle Ender d’Orson Scott Card dont les deux premiers tomes reçurent, à l’instar de Dune, le prix Hugo et le prix Nebula.

Vous remarquez que beaucoup de sagas sont sous forme de Cycle, en effet une des composantes préférées du genre est l’étalement de l’histoire sur un temps plus au moins très long tel une épopée ; après tout l’espace est indissociable du temps.


L’aventure se décline également avec le sous-genre Planet Opera, variante, dont le cadre principal de l’intrigue se limitera à une planète. On peut citer le très connu Cycle de Mars même s’il sort légèrement des codes : le voyage spatial est là, mais pas de manière traditionnelle. L’auteur, Edgar Rice Burroughs, également père de Tarzan, entraine son nouveau personnage John Carter dans d’incroyables aventures sur une Mars, nommée Barsoom, asséchée et en plein déclin, qui voit ses civilisations autrefois à leur apogée, lutter et s’affronter pour survivre. La saga, classée deuxième au prix de la « Meilleure Série de tous les temps », eut un impact considérable sur les carrières de Leigh Brackett et de son ami Ray Bradbury.

Le sous-genre évolue également avec le New Space Opera, où nos auteurs contemporains apportent des enjeux propres à notre époque. Le vendeur vous ajoute au passage La Saga du Commonwealth de Peter F. Hamilton, dans laquelle une organisation de nombreuses planètes reliées par des trous de ver permanents (Commonwealth inter-solaire) donne la possibilité à ceux qui peuvent se l’offrir, l’immortalité par l’entremise d’un rajeunissement tous les 50 ans avec une possible réorganisation de la mémoire.

Planet Opera, Space Opera et New Space Opera ont à la fois un terrain commun et chacun leurs propres règles. Mais quel que soit le cadre de l’intrigue, ces histoires n’ont pas de limites et outrepassent souvent les cases qu’on leur impose de par leur ampleur. C’est pourquoi, de manière tentaculaire, le genre se mêle parfois à la Space Fantasy, la Hard SF, l’Anticipation ou encore le Cyberpunk. Il ne faut pas oublier qu’à ses débuts, le Space Opera s’inspire des grandes aventures des Westerns, en vogue à l’époque, y ajoutant le sens de la Tragédie Antique.

Le libraire vous propose pour finir, un détour par H2G2 : Le Guide du Voyageur Galactique de Douglas Adams qui reprend les codes du genre de manière britishement loufoque. Vous ajoutez à votre PAL cet OVNI surnommé « la Trilogie en Cinq Tomes » qui, avant d’être au format livre, fût un feuilleton radiophonique à succès.

Vous vous demandez alors si vos deux séries télévisées préférées, Doctor Who et Winx Club (on ne juge pas, s’il-vous-plait) ne seraient pas en fait du Space Opera ? Vous n’osez pas demander au charmant vendeur, qui vous propose une liste partielle pour la prochaine fois : la Trilogie des Guerriers du Silence de Pierre Bordage primé par le Grand prix de l’Imaginaire et le prix Julia-Verlanger ; Les Cantos d’Hypérion de Dan Simmons qui ne compte pas moins de 8 prix littéraires ; Le Cycle du Fulgur d’E.E. Smith, 4ème dans la course « Meilleure Série de tous les temps » derrière Asimov ; ou encore Le Cycle de l’Ekumen d’Ursula K. Le Guin primé par 8 fois.

C’est donc les bras chargés d’aventures à travers l’Univers que vous sortez de la librairie, après avoir payé vos achats bien évidemment. Sur le pas de la porte, un rapide coup d’œil aux alentours vous assure que la rue est déserte. Vous brisez alors le silence d’un « Scotty, énergie ! » et disparaissez dans un nuage de particules élémentaires.

Vies de Sorcières – Celia Rees

SYNOPSIS

364 pages – 12€ – Paru en 2003
Seuil Jeunesse

C’est à la lecture du journal d’une sorcière qu’Agnes Herne, jeune Indienne Mohawk, comprend qu’il lui faut retrouver la trace de Mary, disparue trois siècles plus tôt, et dont le destin est étrangement lié au sien. Avec l’aide de tante M., au lac Miroir, dans la loge de sudation, Agnes n’est plus Agnes, ni Karonhisake, Celle qui scrute le ciel… elle est Anglaise, s’appelle Mary et fuit pour sauver sa vie…

Et Mary nous conte sa propre histoire, celle d’une adolescente fugitive recueillie par Geai et Aigle Blanc, celle d’une femme acceptée par la tribu sous le nom d’Yeux de loup, femme de Geai, mère de Renard Noir et d’Oiseau Moucheté, et qui verra sa famille et son peuple d’adoption massacrés par l’homme blanc…


Saga Journal d’une Sorcière


MON AVIS

Souvenez-vous : Journal d’une Sorcière, premier tome de la duologie de Celia Rees avait un format particulier. Le livre était présenté comme un recueil des « Manuscrits de Mary », textes découverts par une certaine Alison Ellman. Celle-ci y faisait un appel aux témoignages pouvant aider ses recherches sur notre protagoniste, Mary Newbury.

Dans Vies de Sorcières, l’auteure met en exergue ce petit détail qui avait entouré de mystère la bouleversante histoire de Mary. Histoire qui reprend son cours là où le lecteur l’avait quitté, et qui est enrichit d’un nouveau point de vue : celui d’Agnes, jeune Indienne Mohawk à notre époque. Agnes a, tout comme le lecteur, dévoré le journal de Mary, et il se trouve qu’elle a peut-être de quoi aider Alison Ellman à retrouver la trace de Mary dans l’Histoire.  

Deux destins s’entremêlent alors à travers le temps. Passé, présent et futur forgent un lien mystique entre nos deux héroïnes, qui souligne la trame de l’histoire.

Autant dire qu’à l’instar du premier tome, la « mise en scène » du livre immerge le lecteur, et la plume de Celia Rees l’emporte dès les premières pages. L’auteure gâte le lecteur et défait des nœuds scénaristiques posés en début du duologie.

Les différents thèmes abordés – le partage entre deux cultures, les différentes dimensions de la foi, la loyauté, la famille, la perte, le chagrin, la volonté, la tolérance – font de ce roman un support intelligent du divertissement, porteur ici de beaux messages d’espoir. La Nature est, quant à elle, contée avec poésie et justesse.

Une histoire finement structurée entre rebondissements, émotion, suspense, rencontres magiques et moments de communion avec la nature.


LA CITATION

– Mais alors, où irons-nous ? demanda Renard Noir, qui avait du mal à contenir son impatience.

– C’est à chacun de décider, répondit Feu d’étincelles. C’est dur de quitter la terre où l’on est né, où sont nés vos grands-pères et les grands-pères de vos grands-pères. Je croyais que ce serait également la terre de mes enfants et des enfants de mes enfants, mais il n’en sera pas ainsi. Nous sommes déracinés comme les arbres dans la forêt. C’est comme si un grand vent nous arrachait de notre sol.

Ses yeux devinrent mornes comme des noix de la saison précédente. Il s’accroupit, les coudes sur les genoux, la tête posée sur les avant-bras, et resta longtemps immobile. Puis il se leva et nous quitta sans mot.

The Crime – Marie Rutkoski

SYNOPSIS

Lumen – 540 pages – 15€ – Paru en 2017

Fille du général le plus titré de l’Empire, Kestrel a eu la faiblesse, alors qu’elle réprouve l’esclavage, d’acheter dans une vente aux enchères un jeune homme du nom d’Arin. Pire encore, elle a eu la bêtise de lui permettre de devenir son ami… et de laisser la ville entière s’en émouvoir. Elle n’a compris qu’au dernier moment son erreur, en découvrant l’impensable : espion aux ordres de son peuple oppressé, les Herranis, le jeune homme était là depuis le début pour la trahir, pour renverser le pouvoir.


MON AVIS

Si vous n’aviez pas complétement succombé à The Curse, The Crime vous fera changer d’avis.

Le style toujours fluide et envoutant de Marie Rutkoski est caractérisé par de douces descriptions que ce soit de l’environnement, des personnages ou encore de leurs sentiments. Le tout poétiquement parsemé de métaphores qui créent une ambiance particulière et donnent le rythme de cette écriture onctueuse et structurée à la fois.

L’auteure jongle aussi parfaitement entre le présent et le passé en mettant en avant la vision d’Arin sur certains passages du premier tome et sur des souvenirs plus anciens, révélant au lecteur d’autres facettes du jeune herrani.

Les principaux repères de l’histoire de ces personnages non manichéens volent en éclats. Les évènements se mettent en place doucement laissant aux affrontements verbaux et aux machinations le soin de faire l’action du roman.

Les intrigues politiques, de la cour, et les stratégies de Kestrel se pressent à tombeau ouvert dès les premières pages. Juste ce qu’il faut de complots pour sublimer la romance et lui donner du corps.

Chaque rencontre entre Kestrel et Arin est comme une danse suave et dangereuse mêlée de paris, d’enjeux et de quiproquos. La tension est palpable, le rythme sensuel de ces échanges électrise le lecteur qui retient son souffle. Ce duel serré est une partie constante de Crocs et Venins où chacun avance doucement ses pions. Nos deux protagonistes jouent à la fois l’un contre l’autre, l’un avec l’autre et fatidiquement contre eux-mêmes.


LA CITATION

Kestrel chérissait comme un trésor le souvenir de la berceuse que lui avait chantée Arin. Elle était le miel à laquelle se nourrissait la ruche de son cœur.

Le Dossier Artemis Fowl – Eoin Colfer

SYNOPSIS

Folio Junior – 224 pages – 7€ – Paru en 2011

Dans ce dossier, découvrez deux aventures inédites, des révélations sur le Peuple des fées, des interviews exclusives des principaux personnages… et de l’auteur lui-même!
Ce petit livre est une gourmandise offerte aux fans des aventures d’Artemis Fowl.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le jeune génie criminel. Un dossier fantastique truffé d’informations secrètes… à consulter de toute urgence!


MON AVIS

Vous reprendrez bien un peu d’Artemis Fowl ? Assurément ! Rien de mieux alors que ce mini-opus, Le Dossier Artemis Fowl.

L’auteur nous propose deux nouvelles inédites. Les nostalgiques du charmant Julius Root seront ravis d’assister à l’examen de passage d’entrée dans le commando des FARfadets de notre agente préférée, Holly Short. Examen qui ne sera pas de tout repos. Bien évidemment pas d’Artemis Fowl dans cette nouvelle mais ne vous inquiétez pas il est le protagoniste de la suivante : un casse perpétré par Artemis et son partenaire exceptionnel mais contraint, Mulch Diggums. Holly et Foaly ne sont pas très loin pour contrecarrer leurs plans. De l’action, de l’humour et de l’insolence, le style inimitable d’Eoin Colfer est au rendez-vous.

En plus de ces deux aventures croustillantes, le lecteur peut enfin mettre la main sur Le Livre des Fées et a même de quoi le décrypter. Nous avons également accès à un mini bestiaire (j’espère ne vexer aucun elfe ou nain en parlant de « bestiaire »), des interviews de nos personnages préférés bourrées de clins d’œil, le bulletin annuel d’Artemis et d’autres goodies en tout genre.

Une façon agréable et ludique de retrouver l’univers incroyable d’Eoin Colfer.



Le Club du Suicide – Robert Louis Stevenson

SYNOPSIS

Folio – 144 pages – 2 € – Paru en 1878

Toujours en quête d’aventures extravagantes, le prince Florizel et son compagnon, le colonel Geraldine, rencontrent un soir un étrange jeune homme qui les convie à une soirée du Club du suicide. Les deux amis découvrent avec horreur et fascination un diabolique jeu de cartes où le seul gain est la mort…


MON AVIS

Dans ce recueil de nouvelles, Robert Louis Stevenson nous présente les trois premiers récits de ses « Nouvelles Mille et Une Nuits » plus occidentales qu’orientales dans le fond mais pas dans la forme.

De prime abord, le début de chacune de ces trois nouvelles nous laisse croire qu’elles sont indépendantes mais pourtant elles sont plus que liées et suivent finalement, par des perspectives différentes, les grandes lignes de la même histoire.

Un conte labyrinthique à suspense captivant, abordant autant de thèmes fascinants que sont le goût de l’aventure, l’exaltation, l’ennui, la mort, la vengeance et ses limites, le hasard, la justice, ou encore l’honneur.

L’inextricabilité du récit va au-delà des différents points de vue narratifs avec une mise en scène alambiquée, un découpage des tenants et aboutissants qui transporte le lecteur dans un jeu de résolution de mystères à travers Paris et Londres.


LA CITATION

Silas Q. Scuddamore avait un certain nombre de défauts somme toute respectables, mais la délicatesse ne l’empêchait pas de s’y abandonner de bien des façons assez discutables.


Artemis Fowl : Le Dernier Gardien – Eoin Colfer

SYNOPSIS

Folio Junior – 464 pages – 9.20€ – Paru en 2013

L’ennemie irréductible d’Artemis, Opale Koboï, entreprend son oeuvre la plus maléfique : anéantir l’humanité et s’autoproclamer reine des fées. Pour parvenir à ses fins, elle va libérer une armée de guerriers enterrés sous le domaine des Fowl il y a plus de mille ans. Le combat n’a jamais été aussi inégal, l’issue désespérée, le risque fatal. Jusqu’où ira Artemis pour protéger sa famille, le capitaine Holly Short… et l’humanité?


MON AVIS

Le moment fatidique est arrivé, voilà qu’on entame l’ultime tome de la fabuleuse saga Artemis Fowl.

Le style inimitable d’Eoin Colfer nous accroche dès les premières lignes ; caractérisé par une action permanente, des rebondissements surprenants, des intrigues toujours bien ficelées et des personnages hauts en couleurs qui ne sont pas en restes d’aventures farfelues et palpitantes. Sans oublier cet humour, au travers de dialogues décapants et d’une narration incisive qui font la patte de l’auteur et rythment à merveille les péripéties de nos personnages préférés.

Artemis Fowl au fil de ces 8 tomes est un des anti-héros de la littérature qui aura le plus évolué, sans toutefois perdre l’essence de ce qu’il est et de ce qui fait de lui un personnage unique et incomparable.

Une explosion finale de génie, Eoin Colfer au top de sa forme. Ce tome se termine en beauté, là où le premier a commencé que ce soit dans l’espace ou le temps : au Manoir des Fowl. Une jolie boucle temporelle qui d’une certaine façon nous dit que l’aventure ne se termine jamais.


LA CITATION

Sur l’écran, Foaly frotta ses paupières de ses deux index.
– Et allez donc, c’est parti. Le Capitaine Short redevient hors-la-loi. Que ceux qui sont surpris lèvent la main. Personne ?



La Métamorphose – Franz Kafka

SYNOPSIS

Le Livre de Poche – 192 pages – 2.30 € – Paru en 1989

« Lorsque Gregor Samsa s’éveilla un matin, au sortir de rêves agités, il se trouva dans son lit métamorphosé en un monstrueux insecte. Il reposait sur son dos qui était dur comme une cuirasse, et, en soulevant un peu la tête, il apercevait son ventre bombé, brun, divisé par des arceaux rigides, au sommet duquel la couverture du lit, sur le point de dégringoler tout à fait, ne se maintenait que d’extrême justesse. D’impuissance, ses nombreuses pattes, d’une minceur pitoyable par rapport au volume du reste, papillonnèrent devant ses yeux. « Qu’est-il advenu de moi ? » pensa-t-il. Ce n’était pas un rêve. Sa chambre, une vraie chambre humaine quoiqu’un peu trop petite, était là, paisible entre les quatre murs familiers… »


MON AVIS

Imaginez un conte à l’envers : les sœurs de Cendrillon finissent par épouser le prince et toutes les deux qui plus est ! C’est exactement ce qui arrive à notre pauvre Gregor, déjà frappé de beaucoup de malchance mais qui continuera malgré tout à garder sa bonté cendrillonesque.

Une ambiance sordide, des personnages des plus répugnants, que ce soit physiquement ou psychiquement. La seule lumière du récit vient de la bonté sans limite du fils dévoué transformé en infecte vermine. Une nouvelle fantastiquement réaliste qui s’ouvre sur cette métamorphose qui n’aura de réelle explication car la métamorphose principale n’est peut-être pas la plus évidente aux yeux du lecteur. Les trois âmes vampiriques, traitres et cruelles que représente sa famille, sont à l’origine de cette carapace de coléoptère que se forge malgré lui Gregor. Celui-ci va découvrir leur vrai nature grâce à sa nouvelle condition d’indésirable isolé, enfermé et déconsidéré. Qui sont finalement les vrais parasites dans la vie de Gregor ?

Un terrain très vaste d’interprétations puisque la nouvelle en compte plus de 130 officielles, qu’elles soient métaphoriques, sociétales, psychologiques ou encore freudiennes au grand dam de Nabokov et Kafka lui-même considérant la psychanalyse comme une « erreur sans recours » détruisant l’âme et la beauté de l’art. Un sujet supplémentaire donnant de quoi débattre aux lecteurs qui pourront ici trouver l’interprétation qui les touche le plus.

Dans cette édition, la postface de Nabokov est une jolie surprise de spontanéité et d’impudence à travers son analyse personnelle de l’œuvre en tant que professeur. Il aborde notamment de façon captivante la frontière entre réalité et fantastique, où commence-t-elle et surtout par les yeux de qui.

Un conte moderne poétique sans rimes ni métaphores criantes, dans un espace-temps triptyque à la rythmique hypnotisante.


LA CITATION

Et déjà les deux jeunes filles traversaient l’entrée dans un bruissement de jupes – comment la sœur avait-elle donc fait pour s’habiller si vite ? – et ouvraient la porte de l’appartement à toute volée. On ne l’entendit pas claquer en se refermant ; sans doute l’avaient-elles laissée ouverte, comme cela se produit toujours dans les demeures où vient d’arriver un grand malheur.


Le Marchand de Sable : Saison 2 – Gaïa Alexia

SYNOPSIS

Hugo & Cie – 312 pages – 17 € – Paru en 2019

Mane, alias le Marchand de sable, a fait voler en éclats toutes les certitudes de Nola. Passant des rêves à la réalité, l’homme qui hantait ses cauchemars lui a révélé l’existence d’un monde peuplé de dieux aux pouvoirs incroyables. Un monde dans lequel elle aurait été la déesse de la nuit et lui celui de la lune. Un monde où ils se seraient aimés avant qu’elle ne le trahisse…

Alors qu’ils succombent de nouveau et que Mane choisit d’oublier sa haine, il pourrait voir ses espoirs se briser et son coeur avec. Sera-t-il suffisamment fort pour supporter les nouvelles épreuves ou laissera-t-il son âme s’obscurcir davantage ?

Et si derrière l’histoire d’amour de Mane et Nola se cachait des enjeux qui les dépassent ?


MON AVIS

Le prologue nous replonge immédiatement dans cette histoire addictive entre monde réel et mythologie nordique. Mythologie plus exploitée que dans le premier tome et qui se fond parfaitement dans le récit ; les références ne sont pas expliquées comme dans un cours que donnerait Sol à Nola mais la compréhension reste claire pour le néophyte, notamment grâce au petit lexique fourni.

Une suite et fin avec des enjeux différents et qui tient ses promesses. On découvre en Mane un personnage dans toute cette paradoxalité promise du premier tome. Quant à Nola, elle jongle habilement entre quête d’identité et prophétie funeste. Ce récit plein d’action a quelque chose de Magnus Chase (Rick Riordan), la new romance en prime.

Gaïa Alexia manie à merveille l’art du prologue mais ce dont vous ne vous doutiez pas c’est qu’elle est également la reine de l’épilogue ! De quoi finir le roman en beauté !

Le duo piquant EllaKyle si plaisant dans le premier tome nous manque un peu, mais l’histoire ne semble pas terminée pour ces deux personnages plein de potentiel. Il y a comme une envie de spin-off dans l’air ! (Ceci est une demande non déguisée).

Le petit plus : un clin d’œil à Baby Random, autre série de l’auteure, est malignement intégré dans le récit, juste de quoi donner l’eau à la bouche aux futurs lecteurs.


LA CITATION

Cette sensation de n’exister que pour cet instant est propre à ce monde. J’ai le sentiment d’enfin retrouver l’homme à qui j’ai donné mon cœur il y a bien longtemps.


Unexpected Christmas – Phoenix B. Asher

SYNOPSIS

Hugo & Cie – 397 pages – 7.60 € – Paru en 2019

Emerson, la fille adoptive de la riche famille Kessler, a tout ce qu’elle a toujours rêvé d’avoir : des amies fidèles, un dressing de la taille d’un studio, et un fiancé qui va bientôt lui offrir un mariage de princesse. Pourtant, à quelques mois de la cérémonie, une lettre accapare toutes ses pensées, l’empêchant de se concentrer sur les préparatifs. Alors que Noël approche, Emerson quitte sa Californie natale. Destination le froid du Montana, pour un voyage à la recherche de ses origines qui pourrait bien lui réserver des surprises inattendues. À commencer par ce cow-boy à l’allure de mannequin qui semble en connaître plus qu’elle sur son passé ! Une romance de Noël à savourer au coin du feu, ou partout ailleurs !


MON AVIS

Phoenix B. Asher nous offre une romance de Noël dans laquelle on peut sans soucis se plonger à toute époque de l’année !

Les chapitres sont courts et donnent une dynamique de lecture agréable, cette rythmique parfaite se ressent aussi dans les évènements et la narration. Le tout, très bien écrit, se dévore.

L’alternance entre les points de vue des deux personnages apporte un véritable plus à l’histoire. L’héroïne est sans conteste Emerson, mais Sage n’est pas laissé de côté et devient plus qu’un personnage secondaire. Emerson et Sage ont une psychologie bien établit dès le début du roman, et leur évolution est tangible. Un duo que l’on aurait grand plaisir à retrouver !

Le Montana, terre des origines d’Em, est d’ailleurs un personnage à lui tout seul, d’autant plus quand les conditions météorologiques influent sur le déroulement de l’histoire. À peine quelques pages de lues et le lecteur ne serait pas étonné d’ouvrir sa porte sur de magnifiques pins enneigés.

Quelques clichés pointent le bout de leur nez mais cela fonctionne parfaitement car bien amenés et dosés, puis avouons-le c’est ce que l’on adore dans les romances de Noël !


LA CITATION

Alors que je marche en direction de la voiture, je lève les yeux vers les étoiles. J’ai l’impression de contempler les fragments de mon âme qui a éclaté il y a quelques instants dans ce chalet, déchirée entre la Californie et le Montana.


Le Marchand de Sable : Saison 1 – Gaïa Alexia

SYNOPSIS

Hugo & Cie – 314 pages – 17 € – Paru en 2019
Prix de la meilleure New Romance française 2019

Nola Nott a tellement dû croire à la légende du Marchand de Sable lorsqu’elle était enfant que, des années plus tard, il hante ses cauchemars. Précédé de papillons rouge sang et semant du sable derrière lui, Nola le sent, il n’attend qu’une chose : s’en prendre à elle. Pour l’éviter, elle se plonge dans ses cours jusque tard dans la nuit, notamment dans ceux de mythologie nordique, cette matière qui lui donne tant de fil à retordre. Tant qu’elle est éveillée, tout va bien pour Nola, mais que se passerait-il si rêve et réalité se confondaient et que l’homme de ses cauchemars apparaissait au détour d’une rue ?

Aux heures les plus sombres, se joue une course poursuite digne de la cavalcade de la lune en pleine nuit.


MON AVIS

Entrée en scène pleine de mystères pour notre premier personnage et non des moindres, Mane, qui se trouve dans une situation plutôt délicate… Un prologue réussi qui nous précipite au cœur de l’intrigue. Puis on passe aux premiers chapitres, narrés par Nola, qui comme nous, curieux lecteurs, aimerait en savoir un peu plus sur ce marchand de sable ! Le suspense est au rendez-vous et Gaïa Alexia nous réserve encore des surprises !

Une jolie touche d’humour rythme ce page-turner plein d’originalité dont la construction du récit alterne entre passages rêvés et réalité avec finesse. Le cadre mythologique qui entoure la romance est habilement amené et enrichit l’histoire. Ajoutez à cela une double narration bien menée et le tout donne une vision assez cinématographique du roman.

Les fondements et pluralités de l’intrigue sont soignés, logiques et bien construits. Tout comme les personnages complexes, intéressants voire même torturés, dont on a hâte de mieux connaitre les rouages.

A l’instar de quelques petites conclusions rapides, Gaïa Alexia nous donne au fil de la lecture quelques indices, mais termine le livre à deux doigts de la révélation, un vrai supplice ! De quoi tout de même garder le lecteur accroché sans le laisser totalement sur sa faim. Encore plein de questions qui donnent matière à la suite, mieux vaut avoir le second tome sous la main !


LA CITATION

Tu es à moi, déesse, à personne d’autre. Et ce tant que le temps lui-même existe, tu entends ? La lune et la nuit, depuis toujours.